Eddy de Pretto, le kid des Victoires

Pas encore d’album, mais déjà une nomination dans la catégorie « Révélation scène de l’année » aux Victoires de la musique. Eddy de Pretto n’a finalement pas remporté le prix, gagné par Gaël Faye, mais il est incontestablement une étoile montante de la scène musicale française.

Bercé par des influences allant de Nougaro à Kanye West, le natif de Créteil emprunte aussi à Stromaë et Jacques Brel, dans l’articulation et la façon de cracher les mots. Un mélange surprenant issu de son enfance. À la maison, sa mère écoute de la chanson française. Au « quartier », ses amis écoutent Rohff et Booba.  Entre les deux, cet artiste inclassable a fait du « non-genre » sa marque de fabrique, qu’il aime brandir contre ceux qui voudraient le ranger dans une case.

Iconoclaste, le jeune artiste l’a toujours été. Ancien élève de l’Institut Supérieur des Arts de la Scène, il y a étudié le chant, la danse, le théâtre… En passant du hip-hop à la danse classique, de la comedia dell’arte au théâtre contemporain.

La musique, c’est aussi pour Eddy de Pretto un moyen de « questionner et déranger les gens », comme il le confiait au Monde, et de raconter son histoire personnelle. Ouvertement homosexuel même s’il affirmait aux Inrocks ne pas vouloir dire qu’il est « le premier pédé qui lie le rap et la chanson française », il questionne par exemple la notion de masculinité. Dans le clip de Kid (2017), il chante, le corps huilé dans une salle de sport : « Tu seras viril, mon kid // Je ne veux voir aucune once féminine (…) Mais moi mais moi, je joue avec les filles // Mais moi mais moi, je ne prône pas mon chibre. »

Si les textes sonnent forts et la voix importante, la mise en scène demeure, elle, très minimaliste. Dans ses clips, il est le seul protagoniste, les décors sont épurés. Sur scène, il est seul avec un batteur et son iPhone. Un choix bien réfléchi. À Franceinfo, il glissait : « Je voulais que ça soit simpliste, pour qu’on puisse comprendre le mot, que ça serve le propos. » 

Léa Boutin-Rivière

MGMT, retour pop et sans prise de risque

Après un troisième album hermétique, le duo new-yorkais sort Little Dark Age, un opus pop et gothique, réussi mais légèrement convenu.

En 2007, Oracular Spectacular naissait. Et avec lui, la révélation de deux petits génies dérangés du rock psyché, Andrew Van Wyngarden et Ben Goldwasser. Les titres Electric Feel, 4th Dimensional Transition et Future Reflections n’ont pas pris une ride.

The Cure dans les veines 

Dans Little Dark Age, le duo américain reprend les codes de ce premier opus mélangés au côté pop de Congratulations (2011). Et s’offre à nouveau Dave Fridmann (Tame Impala, The Flaming Lips) à la production.

Ambiance pop eighties psyché, cette nouvelle production sent bon la cassette de The Cure que l’on glisse dans l’autoradio. En effet, en 2013, le duo avait surpris avec MGMT, un troisième effort très expérimental et un peu brouillon. Il n’en reste pas moins intéressant dans la discographie du groupe. Constituant finalement l’album qui laisse le mieux transparaître la véritable identité musicale du duo.

Little Dark Age s’avère moins audacieux et risqué. Et plus ironique aussi. Notamment avec la chanson Me and Michael, présentée dans son clip comme un plagiat satirique du groupe de rock philippin True Faith.

Psychédélisme toujours 

Mention spéciale à deux morceaux : Little Dark Age, petit bijou pop aux nappes de synthétiseur envoûtantes sur lesquelles se distord la voix martienne d’Andrew et TSLAMP – pour “time spent looking at my phone” – au rythme langoureux, qui aborde le thème de la dépendance à la technologie.

When You Die, le titre le plus emblématique de ce son new wave à la fois gothique, rock et pop, transporte l’auditeur grâce à un clip fantasmagorique à la réalisation léchée. L’acteur Alex Karpovsky (Girls) y incarne un magicien raté, perdu dans un monde parallèle psychédélique.

Ce quatrième enregistrement, concocté entre Brooklyn et Los Angeles, se révèle cohérent et abouti dans l’ensemble. Audacieux parfois, Little Dark Age manque toutefois d’une vraie prise de risque et de morceaux plus expérimentaux.

I Sony/Columbia Records

Céline Brégand

Franz Ferdinand, disco mon amour

Le désormais quintette britannique offre un nouvel album disco à souhait et taillé pour la scène.

Dès les premières notes d’Always Ascending, l’auditeur est plongé dans un pub chaleureux aux lumières tamisées. Une boule disco encore discrète scintille juste au-dessus du dancefloor. Les rockeurs entrent en scène. Les lumières se réchauffent progressivement. Le rythme s’accélère. Et la boule multi facettes prend de plus en plus de place.

Avec ce cinquième effort, Franz Ferdinand prend le virage disco à pleine vitesse. Lorgnant sur Let’s Dance (David Bowie) -notamment avec Lazy Boy-, le quintette, emporté par son chanteur Alex Kapranos, conserve habilement sa patte rock. Mais grâce au français Philippe Zdar (moitié du duo electro Cassius) à la production, il évolue vers un son plus electro, où le synthétiseur est roi.

Avec le départ du guitariste Nick McCarthy et l’arrivée de Julian Corrie (claviers et synthétiseur) et de Dino Bardot (guitare), les Britanniques gagnent en potentiel dansant ce qu’ils perdent en riffs acérés. La formation a d’ailleurs préféré travailler ses dix nouveaux titres sur scène avant de les enregistrer en studio.

On imagine déjà se déhancher sur l’entraînante Paper Cages, se mouvoir lentement pendant la plus sombre mais très belle The Academy Award avant de se déchaîner sur l’excitante Feel The Love Go

Si Franz Ferdinand prend un nouveau souffle avec ce nouvel opus, on regrette l’omniprésence des synthétiseurs. Always Ascending, quoique très sympathique, ne restera sûrement pas dans les annales.

Domino/Sony

Céline Brégand