Offrir un sex-toy pour la Saint-Valentin

Pour la Saint-Valentin, nous avons essayé de trouver un cadeau original pour notre moitié imaginaire.  Une expérience qui nous a menée directement vers les nouvelles boutiques en vogue : les sex-shop. 

Plus d’une vingtaine de marques de jouets sont répertoriées chez Dollhouse, sex-shop du Marais. © Christelle Murhula

Une étroite rue du Marais. À droite, une  boutique John Galliano, à gauche, une boulangerie vegan. Au milieu, le Passage du désir, le sex-shop en vogue du moment. J’ai longtemps hésité avant d’entrer, attendant patiemment que la rue soit déserte pour y pénétrer à l’abri des regards. Après avoir vu des individus de tous âges s’y engouffrer avec élan, sans l’ombre d’une honte, j’ai compris que les temps avaient changé.

De la magie et du sexe connecté

Me voilà donc à l’intérieur de ce « love store » chic, qui ressemble plus à une boutique de cadeaux branchés qu’à un sex-shop glauque de Pigalle. Première surprise, l’éclairage. La boutique est éclatante de blanc, bien rangée, bien décorée. Seconde surprise : le magasin est rempli de clients.

J’entends une mère accompagnée de sa fille souhaitant aller directement dans le fond de la boutique, « dans le dur ». Sans mauvais jeu de mot. Je les suis discrètement sans sourciller. Visitant ce genre de lieu pour la première fois, je ne sais absolument pas où aller, ni quoi demander.

Une vendeuse, sans doute à peine plus âgée que moi, me demande rapidement si j’ai besoin de conseils. « La Saint Valentin approche, j’aimerais quelque chose pour mon petit-ami et moi. » L’enthousiasme de la vendeuse me prend de court, elle m’emmène directement vers les accessoires « pour deux », me présentant un par un les produits les plus appropriés à ma demande.

S’ensuit une démonstration plus que convaincante. Ma conseillère du jour me montre pour commencer un anneau qu’elle dit « magique ». « C’est un anneau vibrant à installer sur la verge, comme ceci » dit-elle en mimant l’application. Le deuxième produit présenté est un vibromasseur, pour stimuler le clitoris. « C’est vraiment un classique, mais c’est l’une de nos meilleures ventes, le rapport qualité prix est très satisfaisant selon nos meilleurs clients. »

Je demanderais presque une carte de fidélité. Place maintenant au vibromasseur connecté, que l’on peut allumer et éteindre grâce à une télécommande ou une application sur téléphone. « Votre copain il prend son iPhone et il fait vibrer votre clitoris en quelques secondes, c’est du sexe connecté ! »

*sondage IFOP réalisé en 2017.

Nous partons ensuite au rayon des godemichets. Vitesses, recharges, les options de chaque produit me sont détaillées. L’espace d’un instant, tant je suis ensevelie par des détails techniques, je pense me trouver dans une boutiqued’informatique. Mais la vibration extrême du godemichet de luxe entre mes mains m’a rapidement réveillée. Qui pourrait supporter un tel effet ?

Des vibromasseurs de collection

L’enthousiasme et surtout le naturel de cette vendeuse me mettent tellement à l’aise que l’idée de ressortir de ce magasin sans rien acheter me fait presque culpabiliser. En sortant du Passage du Désir plusieurs questions me taraudent. Qu’en est-il pour les femmes homosexuelles ? Que leur est-il conseillé ? Et surtout, comment sont-elles accueillies ?

Cinq cents mètres plus loin se trouve un autre « love store ». Décidément, il semblerait que le Marais soit victime d’un grand remplacement de ses friperies au profit de supermarchés du sexe. Ce second magasin est entièrement dédié au plaisir féminin. Une petite boutique apparemment indépendante, gérée par deux femmes, évidemment.

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Ayant découvert l’univers des sex-shops une demi heure plus tôt, j’entre dans ce magasin avec l’assurance d’une experte. Mais ma sensation de gêne reprend rapidement le dessus.« Où se trouvent vos accessoires ? » je demande en bégayant. « Au sous-sol ! » me répond la gérante, avec ce même enthousiasme naturel qui ferait pâlir n’importe quel commercial.

Menottes, godemichets, fouets… Tous ces accessoires sont exposés sur des étagères, tels une collection d’objets précieux. Rapidement, la gérante vient me voir, pour me demander ce dont j’aurais besoin. « Je cherche un cadeau pour ma petite-amie. »

S’ensuit un moment de flottement. Sans doute parce qu’elle attendait plus d’informations de ma part. « Et pourquoi n’est-elle pas avec vous ? C’est bien dommage, mes conseils n’en seraient que meilleurs si vous étiez venues toutes les deux. » Mon couple fictif est ravi d’avoir autant d’attention.

Des  godemichets «révolutionnaires»

Après une brève conversation, elle m’oriente vers un produit « miracle ». Une sorte de boule électrique qui muscle le périnée. « L’organe qui se détruit après un accouchement ? » je rétorque spontanément. « C’est à peu près cela. »

Apparemment, muscler le périnée permet une meilleure gestion de son organe génital et, par conséquent, de son plaisir. La conversation dévie sur comment obtenir un maximum de plaisir en étant une femme. J’ai l’impression d’être face à une coach bien-être. Et surtout, j’aurais appris au moins une chose aujourd’hui.

Elle me présente ensuite d’autres produits dits « intérieurs » : des boules de geisha avec démonstration en prime, des godemichets qui privilégient les orgasmes vaginaux et clitoridiens: « 2 en 1, c’est révolutionnaire. » Mais à l’issue de cette visite, la honte de ressortir de cette boutique les mains vides m’envahit.

Comment atténuer cette culpabilité ? Mettre cinq étoiles sur Google ne suffit pas. « Revenez nous voir à un moment où vous aurez plus de temps tout simplement. » C’est noté pour ma prochaine visite. Promis, j’en ressortirai avec quatre ou cinq vibromasseurs.

 

Christelle Murhula